La théorie des éléments, tout en n’étant pas au centre de sa spéculation, revêt un rôle important dans la pensée de Giordano Bruno. Elle s’agence à sa cosmologie et procède de son rejet de la physique aristotélicienne, qui était solidaire de l’univers ptoléméen. Elle sert donc dès le début à repenser en profondeur le statut de l’éther afin de rejeter tout dualisme entre une Terre sujette à la génération et à la corruption et les cieux immuables et éternels. Elle se développe ensuite par une argumentation en faveur de la nature élémentaire des astres. Bruno utilise librement les réflexions que d’autres philosophes avaient élaborées : nous pouvons à cet égard le situer dans un vaste réseau qui comprend Ficin, Nicolas de Cues, Cardan et Telesio. Lorsqu’il s’éloigne de la cosmologie, pour traiter de la métaphysique ou de la magie, il continue de s’interroger sur la nature des éléments et des principes. Les conclusions qu’il tire, malgré certaines oscillations d’un texte à l’autre, renvoient à des sources essentiellement néo-platoniciennes, hermétiques, bibliques et nous montrent à l’œuvre une structure à la fois duale (principes matériels vs principes immatériels ; esprit et âme vs eau et terre) et anti-dualiste, car tous ces principes interagissent pour composer un univers homogène.
À la croisée de traditions différentes. Giordano Bruno et la doctrine des éléments
Antonella Del Prete
2022-01-01
Abstract
La théorie des éléments, tout en n’étant pas au centre de sa spéculation, revêt un rôle important dans la pensée de Giordano Bruno. Elle s’agence à sa cosmologie et procède de son rejet de la physique aristotélicienne, qui était solidaire de l’univers ptoléméen. Elle sert donc dès le début à repenser en profondeur le statut de l’éther afin de rejeter tout dualisme entre une Terre sujette à la génération et à la corruption et les cieux immuables et éternels. Elle se développe ensuite par une argumentation en faveur de la nature élémentaire des astres. Bruno utilise librement les réflexions que d’autres philosophes avaient élaborées : nous pouvons à cet égard le situer dans un vaste réseau qui comprend Ficin, Nicolas de Cues, Cardan et Telesio. Lorsqu’il s’éloigne de la cosmologie, pour traiter de la métaphysique ou de la magie, il continue de s’interroger sur la nature des éléments et des principes. Les conclusions qu’il tire, malgré certaines oscillations d’un texte à l’autre, renvoient à des sources essentiellement néo-platoniciennes, hermétiques, bibliques et nous montrent à l’œuvre une structure à la fois duale (principes matériels vs principes immatériels ; esprit et âme vs eau et terre) et anti-dualiste, car tous ces principes interagissent pour composer un univers homogène.| File | Dimensione | Formato | |
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