Les mille visages de Maigret entre stéréotypes populaires et archétypes littéraires. Les biographies (Assouline, 1992) de Georges Simenon (ainsi que quelques entretiens que j’ai eus il y a quelques années avec John Simenon, le fils aîné de l’écrivain) nous livrent le portrait d’un auteur au succès populaire immense, mais tourmenté par l’incompréhension de la critique savante ; un homme qui entretient, de manière réciproque, une amitié avec André Gide sans jamais cesser d’envier son prestige littéraire. Pourtant, dès les années trente, Simenon se voit reconnaître en Italie un rôle de tout premier plan. Alberto Savinio, l’un des plus grands intellectuels italiens (ami de Picasso, Cocteau et Apollinaire), le compare même à Dostoïevski (Savinio, 1945). Simenon « populaire » ou Simenon « savant » ? Pour répondre à cette question, on pourrait envisager des dizaines de romans durs, mais dans cette communication je voudrais partir précisément du Simenon le plus populaire, celui de Maigret, et des représentations transmédiales du personnage. Par exemple, dans le roman Les Mémoires de Maigret (1951), Simenon se met lui-même en scène sous les traits d’un jeune reporter nommé Georges Sim (l’un des pseudonymes qu’il utilisa) et emploie, à propos du roman policier, la catégorie de « semi-littérature », bien avant que le terme de « paralittérature » ne s’impose dans la critique littéraire. Simenon ne s’intéresse donc pas seulement au succès populaire, il réfléchit aussi au rôle que le policier joue dans le paysage littéraire. Mais ce sont surtout le cinéma et la télévision qui construisent pour Maigret le pont entre populaire et savant. Au fil des décennies, près de quarante acteurs prêteront leur visage au célèbre commissaire ; or, un personnage capable d’assumer tant de visages tout en conservant son identité est plus qu’un simple personnage : c’est un archétype. Examiner les mille visages de Maigret revient donc à comprendre par quelles techniques et quelles stratégies un écrivain populaire comme Simenon parvient à créer un personnage universel, digne de la plus noble littérature.

Il volto di Maigret: uno, nessuno, centomila

perissinotto alessandro
2026-01-01

Abstract

Les mille visages de Maigret entre stéréotypes populaires et archétypes littéraires. Les biographies (Assouline, 1992) de Georges Simenon (ainsi que quelques entretiens que j’ai eus il y a quelques années avec John Simenon, le fils aîné de l’écrivain) nous livrent le portrait d’un auteur au succès populaire immense, mais tourmenté par l’incompréhension de la critique savante ; un homme qui entretient, de manière réciproque, une amitié avec André Gide sans jamais cesser d’envier son prestige littéraire. Pourtant, dès les années trente, Simenon se voit reconnaître en Italie un rôle de tout premier plan. Alberto Savinio, l’un des plus grands intellectuels italiens (ami de Picasso, Cocteau et Apollinaire), le compare même à Dostoïevski (Savinio, 1945). Simenon « populaire » ou Simenon « savant » ? Pour répondre à cette question, on pourrait envisager des dizaines de romans durs, mais dans cette communication je voudrais partir précisément du Simenon le plus populaire, celui de Maigret, et des représentations transmédiales du personnage. Par exemple, dans le roman Les Mémoires de Maigret (1951), Simenon se met lui-même en scène sous les traits d’un jeune reporter nommé Georges Sim (l’un des pseudonymes qu’il utilisa) et emploie, à propos du roman policier, la catégorie de « semi-littérature », bien avant que le terme de « paralittérature » ne s’impose dans la critique littéraire. Simenon ne s’intéresse donc pas seulement au succès populaire, il réfléchit aussi au rôle que le policier joue dans le paysage littéraire. Mais ce sont surtout le cinéma et la télévision qui construisent pour Maigret le pont entre populaire et savant. Au fil des décennies, près de quarante acteurs prêteront leur visage au célèbre commissaire ; or, un personnage capable d’assumer tant de visages tout en conservant son identité est plus qu’un simple personnage : c’est un archétype. Examiner les mille visages de Maigret revient donc à comprendre par quelles techniques et quelles stratégies un écrivain populaire comme Simenon parvient à créer un personnage universel, digne de la plus noble littérature.
2026
Il caso non è chiuso: il giallo letterario negli sceneggiati RAI
Marsilio
82
97
9788829792290
perissinotto alessandro
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