Cet article examine la politesse dans les interactions entre humains et LLM comme un phénomène sémiotique et culturel. Il part du constat que les usagers adoptent spontanément des formes de courtoisie envers des entités sans subjectivité. À travers la grammaire greimassienne, cette attitude est interprétée comme la projection d’un Destinateur/Destinataire simulé, l’humain se constituant en Sujet contractuel. La politesse devient ainsi un opérateur de co-présence dialogique, transformant l’objet technique en quasi-acteur social, dans une logique proche des adresses rituelles à des instances transcendantes. L’article analyse ensuite ses effets : à court terme, elle favorise des réponses plus coopératives ; à long terme, elle contribue à inscrire un habitus langagier dans les modèles. Toutefois, cette dynamique reflète aussi une idéologie interactionnelle issue du capitalisme informationnel, où la courtoisie sert à neutraliser le conflit. Les débats sur son « coût écologique » révèlent une tension entre civilité et efficacité linguistique. Enfin, l’auteur propose deux lectures : la politesse comme miroir simulé de l’émotion humaine, ou comme automatisme discursif analogue à celui des LLM. Elle devient donc un dispositif d’alignement culturel et de co-évolution humain–machine. L’article conclut en appelant à une sémiotique générative renouvelée pour penser cette interaction, où l’IA reflète l’étrangeté humaine et rend visibles nos rituels discursifs.
IA et politesse : mémoire vectorielle, co-évolution culturelle et imaginaires du langage
Leone, Massimo
2026-01-01
Abstract
Cet article examine la politesse dans les interactions entre humains et LLM comme un phénomène sémiotique et culturel. Il part du constat que les usagers adoptent spontanément des formes de courtoisie envers des entités sans subjectivité. À travers la grammaire greimassienne, cette attitude est interprétée comme la projection d’un Destinateur/Destinataire simulé, l’humain se constituant en Sujet contractuel. La politesse devient ainsi un opérateur de co-présence dialogique, transformant l’objet technique en quasi-acteur social, dans une logique proche des adresses rituelles à des instances transcendantes. L’article analyse ensuite ses effets : à court terme, elle favorise des réponses plus coopératives ; à long terme, elle contribue à inscrire un habitus langagier dans les modèles. Toutefois, cette dynamique reflète aussi une idéologie interactionnelle issue du capitalisme informationnel, où la courtoisie sert à neutraliser le conflit. Les débats sur son « coût écologique » révèlent une tension entre civilité et efficacité linguistique. Enfin, l’auteur propose deux lectures : la politesse comme miroir simulé de l’émotion humaine, ou comme automatisme discursif analogue à celui des LLM. Elle devient donc un dispositif d’alignement culturel et de co-évolution humain–machine. L’article conclut en appelant à une sémiotique générative renouvelée pour penser cette interaction, où l’IA reflète l’étrangeté humaine et rend visibles nos rituels discursifs.| File | Dimensione | Formato | |
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